Quand on parle de l'histoire de la Fiat 500, il faut d'abord lever une confusion : il n'y a pas une Fiat 500, mais trois. La première, la Topolino, sort en 1936. La deuxième, la Nuova 500, celle que tout le monde a en tête avec sa silhouette ronde et son moteur à l'arrière, est dévoilée le 4 juillet 1957 à Turin. La troisième, plus grande et à moteur avant, arrive en 2007 pour les 50 ans de la précédente. C'est la deuxième, la Nuova 500, qui a écrit la véritable légende de la petite italienne, avec une carrière longue de 18 ans et plus de 4 millions d'exemplaires produits. Voici comment tout a commencé, comment la voiture a failli couler dès son lancement, et comment elle est devenue l'un des symboles automobiles les plus reconnaissables au monde.
Avant la Fiat 500 : la Topolino et la naissance d'un besoin (1936-1955)
Pour comprendre pourquoi Fiat a créé la Nuova 500, il faut remonter plus loin que 1957, et même plus loin que la Topolino. En 1922, le directeur général de Fiat, Giovanni Agnelli, fait construire à Turin l'usine du Lingotto, la plus grande d'Europe à l'époque, après un voyage d'étude dans les usines de Henry Ford aux États-Unis. Son idée : importer en Italie la production automobile de masse à l'américaine, et vendre des voitures accessibles au plus grand nombre. C'est dans cette logique qu'il confie à un jeune ingénieur, Dante Giacosa, la conception d'une petite voiture 2 places bon marché. Le résultat, lancé en 1936, s'appelle Fiat 500 et devient vite plus connu sous son surnom : la Topolino, "petite souris" en italien, en référence à ses phares ronds et proéminents. C'est, à l'époque, la plus petite voiture produite en série au monde.
La Topolino connaît une belle carrière, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale puis après, et termine sa production en 1955 avec près de 520 000 exemplaires vendus. Elle est alors remplacée par la Fiat 600, un modèle plus grand qui devient un vrai carton commercial : jusqu'à 1000 voitures sorties d'usine par jour. Mais Fiat sait que la 600 reste encore trop chère pour une bonne partie des familles italiennes, qui se déplacent surtout en scooter. Il faut une voiture encore plus petite, encore moins onéreuse. Ce sera le projet interne baptisé "110-118".
Ce besoin s'inscrit d'ailleurs dans un mouvement plus large que la seule Italie. Juste après la guerre, l'acier et le carburant restent des ressources rares en Europe. Cette contrainte pousse plusieurs constructeurs à développer, au même moment, des microcars minimalistes pour répondre à une demande de mobilité à bas coût : BMW avec l'Isetta, ou encore Messerschmitt avec ses trois-roues. La future Nuova 500 n'est donc pas un cas isolé, mais l'une des réponses italiennes à un problème que toute l'Europe se pose alors.
Comment est née la Nuova 500 ? La conception signée Dante Giacosa (1953-1955)
Dès 1953, Dante Giacosa lance les études de conception d'une mini-voiture plus petite que la Fiat 600, à partir d'un nouveau moteur de moins de 500 cm³ refroidi par air qu'il vient tout juste de valider. Plusieurs pistes sont étudiées puis écartées en cours de route. Un moteur en V, dessiné spécialement par Moto Guzzi, est un temps envisagé avant d'être abandonné. Le monocylindre est lui aussi écarté à cause des vibrations qu'il génère. L'équipe se tourne finalement vers un bicylindre à quatre temps, placé à l'arrière comme sur la 600 : un moteur en ligne, refroidi par air, une solution inédite chez Fiat qui permet surtout de réduire les frais d'entretien.
Côté carrosserie, Giacosa présente à la direction de Fiat deux propositions : l'une directement dérivée de la Fiat 600 en version réduite, l'autre beaucoup plus innovante. C'est Vittorio Valletta, alors directeur général du constructeur, qui tranche en faveur du projet le plus proche de la 600. Le 18 octobre 1955, la Nuova 500 passe officiellement au stade industriel, en même temps que sa sœur jumelle, l'Autobianchi Bianchina, elle aussi développée à partir de la même base technique.
Le 4 juillet 1957 : la Nuova 500 est dévoilée à Turin
La présentation officielle se déroule en deux temps. Le 1er juillet 1957, Fiat montre la voiture en avant-première au président du Conseil italien, à Rome. Puis, le 4 juillet, elle est dévoilée au grand public dans les rues de Turin : des dizaines d'exemplaires défilent depuis l'usine Mirafiori jusqu'au centre-ville. La toute première série, très dépouillée, embarque un moteur bicylindre vertical de 479 cm³, développant 13 chevaux pour une vitesse maximale de 85 km/h et une consommation d'environ 4,5 litres aux 100 km. La voiture ne propose que deux places à l'avant, un grand coffre, des vitres fixes et aucun chrome. Elle est vendue au prix de 490 000 lires. 28 438 exemplaires sont produits cette première année.
Ce prix mérite d'être remis en perspective : 490 000 lires représentaient alors l'équivalent d'environ 11 mois de salaire moyen d'un ouvrier italien. Un chiffre qui explique en partie pourquoi, malgré son statut de voiture la moins chère du marché italien, la Nuova 500 va peiner à convaincre les acheteurs à ses débuts.
La 500 s'inscrit d'ailleurs dans une génération de "voitures du peuple" nationales qui se succèdent en Europe après-guerre : l'Allemagne avait déjà sa Volkswagen Coccinelle, la France sa Citroën 2CV lancée en 1949, et le Royaume-Uni proposera sa Mini deux ans plus tard, en 1959. Sur ces quatre modèles, la Nuova 500 arrive donc en troisième position, juste avant la Mini mais après ses rivales allemande et française — un repère qui montre que l'Italie a été relativement tardive sur ce segment, malgré le succès mondial qui allait suivre.
Pourquoi la Fiat 500 a-t-elle mal démarré ?
Contrairement à l'image d'Épinal d'un succès immédiat, la carrière de la Nuova 500 commence très mal. Les critiques fusent : le dépouillement de la voiture est jugé excessif, l'écart de prix avec la Fiat 600 trop faible pour justifier de renoncer à un scooter, et surtout la puissance de 13 chevaux est perçue comme largement insuffisante.
Fiat réagit vite. Trois mois à peine après le lancement, au Salon de l'automobile de Turin d'octobre 1957, le constructeur présente deux nouvelles versions : l'Économique, qui reprend la base initiale à un prix revu à la baisse (465 000 lires), et la Normale, mieux équipée, avec des vitres descendantes et une banquette arrière. Les deux passent à 15 chevaux grâce à un nouveau carburateur et un arbre à cames modifié, ce qui permet de dépasser les 90 km/h. Ces ajustements, bien plus que le lancement initial, marquent le vrai point de départ du succès de la 500.
Les grandes étapes de la Fiat 500 : Sport, toit ouvrant, D, Giardiniera, F, L
À partir de 1958, la 500 ne cesse plus d'évoluer. Abarth propose dès 1957 un kit pour transformer la citadine en petite bombe, mais c'est courant 1958 que Fiat lance sa propre version Sport officielle, avec un moteur porté à 499,5 cm³ et 21,5 chevaux, capable de dépasser les 100 km/h grâce à un rapport de pont allongé. Elle se distingue par son toit rigide et sa livrée bicolore rouge et blanc. Les débuts sportifs de la petite Fiat ne tardent pas non plus : dès mai 1958, une Nuova 500 se classe dans les quatre premières places de sa catégorie aux 12 Heures de Hockenheim, et quelques mois plus tôt, sur le circuit de Monza, une 500 préparée par Karl Abarth avait déjà pulvérisé, sur sept jours, tous les records de vitesse et d'endurance de sa catégorie.
1959 est une année charnière. Fiat lance la version "Tetto Apribile", avec un toit ouvrant limité aux places avant et un arrière tôlé, ce qui permet enfin d'offrir 4 vraies places. La puissance grimpe à 16,5 chevaux. La même année, l'Italie adopte de nouvelles règles de sécurité routière imposant la séparation des feux de position et de direction. Dante Giacosa reçoit à cette occasion le prestigieux Compasso d'Oro pour la conception de la 500, une première pour un designer automobile.
La suite se joue en quatre grandes versions, résumées dans le tableau ci-dessous.
| Version | Période | Moteur / puissance | Vitesse max | Fait marquant |
|---|---|---|---|---|
| 500 D | Octobre 1960 – mars 1965 | 499,5 cm³, 17,5 ch | 95 km/h | 640 518 exemplaires produits ; sortie en parallèle de la Giardiniera (utilitaire, moteur couché, produite jusqu'en 1977) |
| 500 F | Mars 1965 – 1972 | 499,5 cm³, 18 ch | 95 km/h | Fin des portes suicides, imposée par la nouvelle réglementation italienne ; pare-brise agrandi |
| 500 L | Août 1968 – 1972 | 499,5 cm³, 18 ch | 95 km/h | Version luxe ("Lusso") ; planche de bord reprise de la Fiat 850 ; version la plus vendue de toute la gamme (jusqu'à 407 365 exemplaires en 1970) |
La 500 D remplace la génération précédente en reprenant le moteur de la Sport, ramené à 17,5 chevaux. En parallèle sort la Fiat 500 Giardiniera, une version utilitaire dont le moteur, couché à plat sous le plancher arrière, libère un vrai volume de coffre : elle sera produite jusqu'en 1977, bien après l'arrêt de la berline.
La 500 F, en mars 1965, change la façon dont on ouvre les portières : la loi italienne interdit désormais les portes "suicides" (ouvrant vers l'avant), et la 500 adopte des portes classiques. Enfin, en août 1968, la 500 L apporte une finition largement revue à l'intérieur, avec un tableau de bord repris de la Fiat 850 et, pour la première fois, une jauge à carburant. Elle devient un tel succès commercial qu'en 1971, elle se vend sept fois plus que la version F, pourtant toujours au catalogue.
La fin de la Fiat 500 : la version R et l'arrêt de la production (1972-1975)
Au Salon de Turin de 1972, Fiat présente la Fiat 126, conçue pour remplacer la 500. Mais plutôt que d'arrêter net une voiture toujours demandée, le constructeur lance en parallèle une dernière version, la 500 R, pour "Rinnovata" (renouvelée). Elle reprend le même moteur que la 126, un 594 cm³, mais bridé à 18 chevaux au lieu de 22, pour une vitesse maximale d'environ 105 km/h.
La production quitte alors définitivement Turin : elle est transférée chez Autobianchi, à Milan, puis dans l'usine de Termini Imerese, en Sicile. Le 1er août 1975, l'aventure de la Nuova 500 s'arrête, après plus de 4,2 millions d'exemplaires produits en comptant les dérivés. La Giardiniera, elle, résiste encore deux ans, sous la responsabilité d'Autobianchi, avant de s'arrêter à son tour en 1977 avec 327 000 exemplaires au compteur.
La Fiat 500 fabriquée hors d'Italie : Allemagne et Autriche
La Nuova 500 n'a pas été assemblée uniquement en Italie. Des droits de douane élevés à l'époque poussent certains marchés européens à produire leur propre version locale plutôt que d'importer :
- Autriche : Steyr-Puch, qui utilise des licences Fiat depuis 1907, assemble la 500 entre 1957 et 1975, avec un moteur boxer spécifique dérivé du bloc Fiat. Au total, environ 57 800 exemplaires sont produits.
- Allemagne : Fiat Neckar, née de l'ancienne NSU-Fiat, fabrique dès 1959 la Weinsberg 500, un coupé à la carrosserie inspirée de la Bianchina, à environ 6 190 exemplaires jusqu'en 1963, ainsi qu'une Autobianchi Panoramica à environ 6 000 exemplaires entre 1959 et 1962.
Les dérivés notables de la Fiat 500
La base technique de la 500 a inspiré une foule de carrossiers et de préparateurs, en Italie comme ailleurs :
- Autobianchi Bianchina : découvrable dès 1957, puis version 4 places à partir de 1962 ; une variante cabriolet, connue en France sous le nom d'Eden Roc, est produite jusqu'en 1969.
- Abarth 595 et 695 : à partir de 1963, moteur porté jusqu'à 32 chevaux et plus de 130 km/h en 695 SS. Cette dernière, produite en 1966, ne l'a été qu'à environ 1000 exemplaires ; on estime qu'il n'en subsiste aujourd'hui qu'environ 150 dans le monde, ce qui en fait l'une des pièces les plus recherchées et les plus onéreuses en collection.
- Ghia Jolly : voiture de plage sans portes, aux sièges en osier, produite de 1957 à 1966, vendue deux fois plus cher qu'une 500 classique.
- Vignale Gamine : petit cabriolet luxueux produit entre 1967 et 1970, à environ 400 exemplaires seulement.
- Giannini 500 TV : kits moteur proposés dès 1963 et jusqu'en 1971.
- Francis Lombardi My Car : version plus luxueuse produite entre 1968 et 1971.
Signe que la silhouette de la 500 a marqué au-delà de l'Italie : elle a même inspiré, sans le moindre lien technique, un clone soviétique, la ZAZ 965, dont la ligne rappelle étonnamment celle de la citadine turinoise.
La Fiat 500 aujourd'hui : renaissance 2007 et statut de collection
Le 4 juillet 2007, cinquante ans jour pour jour après le dévoilement de la Nuova 500, Fiat présente à Turin une nouvelle Fiat 500, cette fois à moteur avant. Élue Voiture de l'année 2008, elle est d'abord produite en Pologne, à Tychy, puis déclinée en version cabriolet, la 500C, dès 2009. En 2027, le modèle original de 1957 fêtera à son tour ses 70 ans. Contrairement à l'originale, cette version moderne mise sur des dimensions bien plus généreuses et une large gamme de motorisations, de l'essence à l'électrique.
Aujourd'hui, la Fiat 500 historique est devenue une star incontestée des rassemblements de voitures anciennes. Selon le périmètre retenu, la production totale de la 500 berline et de ses dérivés est estimée entre 3,8 et 4,25 millions d'exemplaires. Sa cote a pourtant mis du temps à décoller : au début des années 2000, il n'était pas rare de voir une carcasse sans moteur de 500 d'origine se négocier à peine plus de 2 500 €, rouille comprise. Depuis, les prix ont grimpé en flèche, et les écarts se sont creusés selon les versions. Pour un tour d'horizon complet des cotes actuelles et des modèles les plus recherchés, direction notre guide dédié à la Fiat 500 vintage.
La Fiat 500 dans la culture populaire
La petite italienne a marqué le cinéma à plusieurs reprises. Le Grand Bleu, de Luc Besson, met en scène en 1988 une Fiat 500 de première série, blanche et bien usée. Plus récemment, le film Sew Torn, sorti en 2024, la fait apparaître dans une Suisse alternative. En 2017, pour ses 60 ans, Fiat fait frapper une pièce commémorative en argent de 5 euros, à 4000 exemplaires, non destinée à circuler. La même année, une Fiat 500 F rejoint la collection permanente du Museum of Modern Art de New York.
Le saviez-vous ?
- En 2007, une Fiat 500 de 1969 a réalisé un tour du monde de 35 000 km en 99 jours, reliant l'Australie, la Russie, l'Europe puis l'Amérique du Nord, avant de revenir en Australie.
- L'Italienne Maria Lucia Mugno détient un record du monde Guinness pour la "voiture la plus poilue" : sa Fiat 500 a été recouverte de 120 kg de cheveux humains, un travail qui a demandé 150 heures.
- En 2011, à Paris, des étudiants de l'ESSCA Business School sont parvenus à faire entrer 14 personnes dans une Fiat 500 de 1972, lors d'une opération de sensibilisation au covoiturage organisée par IKEA France.
Trois quarts de siècle après la Topolino et près de 70 ans après la Nuova 500, la Fiat 500 reste l'une des rares voitures à avoir traversé les époques sans jamais perdre son statut d'icône populaire.